--------------------Marc Santré a été
naturellement le premier destinataire---------------
Comité des Sans papiers59 s/c AC!Lille, 70
Bd Victor Hugo, 59.000, Lille - tél: 06.84.91.36.87. - tél/répondeur/fax:
03.20.52.56.42. ou fax:03.20.52.76.92.-
Lille le
02/07/2001
Lettre Ouverte à Marc
SANTRE,
Conseiller Municipal de
Lille, membre des Verts de lille,
Monsieur,
Camarade,
C’est avec grand plaisir que nous avons reçu votre fax. Nous pensons que
nos soutiens, parmi lesquels nous vous comptons, doivent agir comme vous le
faites: liberté d’expression totale et dire les divergences en toute franchise
et honnêteté. C’est ce type de rapport qui permet que la lutte avance et se
développe. « Pas de
mannequin » avons nous dit récemment en Assemblée Générale du CSP59.
Vous n’y étiez pas, mais votre démarche est parfaitement conforme avec les
besoins de notre mouvement démocratique et citoyen.
1) Félicitation et Merci pour votre soutien
lors de l’occupation de la MNE en 1997. Nous profitons de l’occasion pour
exprimer encore une fois un grand merci à Alain Tredez, qui s’était mis en grève
de la faim avec les sans papiers, alors qu’il était Vice Président du Conseil
Régional.
2) Sur votre choix de sortir de la
manifestation du samedi 30 juin 2001, nous ne faisons aucun commentaire. C’est
votre libre choix personnel. Nous ne considérons pas ce choix en tant que tel
comme une « traitrise à mes (nos)
engagements » (votre lettre).
3) Il y a certainement « exaspération de personnes fragilisées par
une situation inadmissible » comme vous le dites en ce qui concerne les
slogans « Aubry, trahison, rendez
nous le local » et « ce
n’est pas les sans papiers qu’il faut virer, c’est Aubry... ». Mais il
n’y a pas « qu’exaspération ». Il y a que
nous pensons franchement qu’il est incompréhensible que l’engagement de la
Mairie de Lille et du Conseil Régional pour le local définitif du CSP59 du
13/12/1999, tarde à être concrétisé plus de 18 mois après. Or, cet engagement
devait être matérialisé au plus tard en juin 2000.
4) A Saint Denis, la Mairie a mis à
disposition un local en respectant les dispositions légales en la matière. Ici,
c’est l’IDM composée des représentants de la LDH, du MRAP, de l’UD-CGT, de la
CFDT, de la FSU, de la CIMADE, de la Pastorale des Migrants, de la MVDH, etc,
qui constituait l’outil légal, mais rien jusqu’ici.
5) En octobre 1997, le Maire de Lille, le
Conseil d’Administration du CHR et la LDH, le MRAP comme outils légaux, avaient
mis à disposition le Pavillon Denis Cordonnier au CHR. C’est donc l’expulsion
honteuse du 19 novembre 1999 qui a créé le contentieux actuel entre nous et la Mairie. Nous pensions que l’accord du
13/12/1999 réparerait le tort qui nous a été causé.
6) Vous qui êtes un « vieux » et
sérieux soutien à notre lutte, vous devez avoir remarqué que seule la question
du local oppose politiquement le CSP59 à la Maire de Lille. Et à chaque fois,
c’est la Mairie qui pose problème, soit en nous évacuant (cas du CHR), soit en
ne respectant pas ses engagements politiques (cas d’aujourd’hui). Le CSP59
déclare solennellement qu’en dehors de cette question du local pour la
visibilité collective indispensable des sans papiers en lutte, nous n’avons
absolument aucune raison d’avoir un contentieux avec la Mairie. Même
l’occupation/refuge/asile de la MNE en 1997 et de la Bourse du Travail en 2000
résulte de ce besoin imprescriptible et incontournable. Pour nous, le
local est la clef des papiers. Nous estimons qu’au bout de 6 ans, il est
peut être grand temps qu’une sagesse et une intelligence politique en tiennent
compte, car il n’ y a pas et il n’y aura pas d’autre voie, sauf si le
mouvement démocratique, syndical et progressiste, ainsi que l’immigration régulière sont capables
d’imposer sans lutte des sans papiers la régularisation
globale.
7) Notre adversaire n’est vraiment pas la
Mairie, ni un parti politique. Notre problème, c’est le gouvernement, c’est
l’Etat représenté à Lille par la Préfecture. Jamais de façon subjective,
politicienne, arbitraire, nous n’agirons en dehors de la préoccupation
fondamentale pour laquelle les sans papiers luttent. Et nous défions quiconque
de démontrer le contraire. Tout ce que nous faisons, toutes les actions que nous
menons n’ont qu’un seul et unique objectif: la régularisation. C’est cela
notre politique, c’est cela le contrat moral, politique, scellé dans le cadre de
l’Assemblée Générale du CSP59. Nous savons, par ailleurs que certains sont
sincèrement trompés par des campagnes ouvertes ou camouflées tendant à dénaturer
notre combat. Mais jamais, nous n’abdiquerons devant la mauvaise foi. Pour ceux
qui sont sincères, au vu de la pratique, comme vous ou comme Marie
Christine Blandin ou Alain Tredez, nous expliquerons patiemment en poursuivant
fermement la lutte.
8) Sur le local de Lomme: est-ce le local
définitif? Est-ce un nouveau local “provisoire” de l’Eglise en suppléance, dans
l’attente du local promis le 13/12/1999? Vous comprendrez que le CSP59 est
obligé de demander la clarification de cette question décisive. On nous informe
que nos amis d’ACO, de JOC, d’ACE, récupèrent leur local de la rue des Meuniers
pour travaux pour le 30 juin. Puis, Monseigneur Brunin nous informe qu’il
cherche un local (« deux bureaux à
Lomme », nous dit-il). Jusqu’au 27 juin 2001, nous n’avons aucune autre
information précise. Nous occupons la MNE, puis le cinéma l’Univers, nous en
sommes expulsés, puis c’est une RAFLE COLLECTIVE de sans papiers et soutiens,
libérés à 2 heures du matin. Le 28 juin, par le biais de la presse, nous
apprenons que Lomme, c’est bon. Comment comprendre ce type de procédé?
Qu’auriez-vous fait à notre place?
9) En attendant que notre Assemblée Générale
de mercredi 04/07/2001 à 19h (à laquelle vous êtes cordialement convié), Place
de la République sur les gradins du métro République, nous avons reçu la
proposition solidaire d’AC! Lille d’accueillir la commission juridique et les
réunions du Bureau du CSP59 en attendant que les engagements du 13/12/1999
soient respectés. Un grand bravo et Merci à AC!Lille.
Camarade, c’est une bonne initiative de lancer ce débat avec nous dans le
respect réciproque. Poursuivons le dans la sérénité, mais continuons d’agir
ensemble pour la régularisation, ce d’autant qu’une bonne quarantaine de refus
ont été recensés par nous depuis l’annonce du départ de la rue des Meuniers. Ce
qui laisse présager que la Préfecture veut profiter de la situation de “sans local”, pour nous rendre “sans rue” afin de pouvoir à sa guise
sévir et expulser. C’est aussi ce que nous refusons totalement et nous nous y
opposerons par tous les moyens démocratiques et pacifiques de lutte
possibles.
Merci,
camarade de votre courrier.